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Aujourd'hui samedi 08 novembre 2008, moi-même et mes doigts pianotant sur un clavier amoureusement, minutieusement, je dirais même rageusement nettoyé et assaini des vestiges d'encas et de dégustations de riz ratées devant l'écran, le tout au coton-tige lotus, n'en déplaise.
Petit bond en arrière, revenons au dimanche 26 octobre 2008, le grand jour où un jeune adulte français, grand, beau, sexy, séduisant, pour ne pas dire suicidaire, décida de me présenter à sa famille à l'occasion de ses 20 ans. Dire que j'appréhendais serait faux. Je vous invite à revoir votre apriorisme et à plutôt considérer la chose comme étant... une frousse orageusement proportionnelle à la distance Terre-Lune aux yeux d'une fourmi rouge à l'esprit aussi intelligent, relativiste et bernardwerberesque fut-il. La préparation fut longue et épineuse, mon électrocardiogramme dansant une valse de Strauss en ternaire, mes pensées soudainement envahies par une houle de questions existentielles insoupçonnées et pourtant bel et bien surgissant du tréfonds de mon moi inconscient : quelles chaussures mettre avec ma robe à la couleur si jolie et aux plis si parfaits? La vie d'une adolescente telle que moi est toujours emplie de défis incessants et cruciaux pour la postérité. Deux heures intenses en maquillage, démaquillage, à me tartiner de crème, fond de teint et autre mascara pour au final m'asperger à grandes volées de lotion démaquillante micellaire – oui, comme les micelles de liposome de bicouche lipidique, spéciale dédicace aux P1 désespérés comme moi qui voient de la bio cell partout – et revenir au point de départ. Oui, être une fille, qui plus est, une petite amie sur le point d'être présentée à sa belle famille après deux ans et demi de relation, c'est atrocement végétalisant. Ça rend amenuise le cerveau à une vitesse hallucinante, tout le labeur accumulé en dix-huit années de vie se résorbe d'un coup, pshiiiit... A cet instant là, j'aimais les poireaux et Oui-Oui, et ma vie tournait autour d'une unique obsession « est-ce que le produit de marque Avène tiendra mieux que celui de La Roche Posay ? »
Le sourire amène, amoureux et tendrement coquin de mon grand héros des temps modernes me ramena à la vie et réinsuffla une partie de ce qui me différencie d'un amibe : mon esprit. Plus ou moins frappeur, selon le degré d'énervement qui m'anime. Les présentations se firent cordiales et peu à peu, la glace se rompt avec tout d'abord les cousins, puis la génération du dessus. Mon sourire crispé tendit à acquérir du naturel, et au final, ce fut de bon c½ur que je riais aux plaisanteries familiales. « C'est à mettre dans l'annale! Euh les annaux. Euh... » Oui, les annales attendent ta citation. C'est beau. Et également Monsieur C., voisin d'en face et grand ami de la famille, qui vient me chuchoter en douce « pssst, y'a pas de souci pour la semaine prochaine hein! » Quoi, je ne vous ai pas dit? J'ai mijoté pendant deux mois un plan machiavélique pour les 20 ans de mon mien.
En septembre, on téléphone aux beaux-parents. D'abord une fois, puis deux, puis au final on parle plus souvent aux parents de son aUme qu'à son aUme lui-même. Puis on infiltre insidieusement le répertoire de celui-ci, aveuglé de confiance, pour lui subtiliser quelques pièces à conviction, on établit des contacts, on réunit une milice dans son dos et on monte sur pied un projet « surprise pour l'anniversaire d'un social geek ». Sans m'attarder sur les préparatifs, je puis vous dire que le 31 octobre 2008 au soir, j'avais rendez-vous avec tous ses amis – ouuuiii, il a pleins d'amis, yipididou – que j'ai conduits chez Monsieur C., complice de son état bien entendu. Les malicieux gens de la milice opération surprise y sont restés terrés pendant que je débarquais la bouche en c½ur avec mon quart d'heure habituel de retard chez mon aUme pour l'emmener dîner. On s'en va clopinant comme deux écoliers un jeudi de l'ancien temps. Pendant ce temps agit l'armée d'état qui effectue un transfert parfaitement réussi de population derrière notre dos. J'aim même po entendu les talons des filles claquer, c'est dire! Et soudain, la malédiction s'abat sur moi, j'ai oublié ma carte de transport chez lui! C'est vraiment trop bête, il faut faire demi-tour... Un pas puis un autre dans le hall d'entrée, une main sur la poignée qui tourne, il entre chez lui et Surpriiiiiiise! Tout s'enchaîne très vite. Les amis, les câlins, les rires, la musique, les verres, LA BOUFFE, la danse – je salue la performance de Rémi qui était si joyeux qu'il n'a réalisé qu'en voyant à posteriori les photos de la soirée que mon aUme avait bien soufflé ses bougies et que ma robe était bleue et non pas noire, bravo. Ce fut inoubliable, passer la soirée avec celui qu'on aime, le voir surpris et heureux, le regarder amoureusement en train de faire l'avion un peu éméché, ce n'est que du bonheur!!
Revenons au présent. Aujourd'hui samedi 08 novembre 2008 ai-je dit, toujours moi-même et mes fidèles doigts pianotant sur ce clavier inchangé, celui-là même qui amoureusement, minutieusement, je dirais même rageusement se retrouva nettoyé et assaini des vestiges d'encas – certes laissés toujours par mes soins – et de dégustations de riz ratées devant l'écran, le tout au coton-tige lotus, n'en déplaise toujours autant.
18 ans et par chance, toutes mes dents. Car il s'en est fallu de peu. Quand la majorité de la population estudiantine de mon âge s'éclate le vendredi soir, je fais de même dans ma chambre, volets fermés, pyjama rose avec des anges Cupidon ailés et armés de flèches à la mode youpi-les-ptits-oiseaux dûment enfilé, prête à me lover d'une minute à l'autre dans un lit chaud moelleux qui n'attend que la réconciliation entre ma couette à fleurs et mon pyjama à coeurs. Oui je m'éclate. Au sens fatidiquement propre du terme. J'ai eu la surprise vraiment inattendue et particulièrement déroutante de me découvrir une gueule éclatée pile à ce moment-là, et qui à ma grande contrariété, nécessita une petite escapade nocturne à bord d'une ambulance du Samu dans les alentours de minuit pour me conduire via les routes sombres et portant ponctuées de mille lueurs mobiles vers les urgences du centre hospitalier de Mignot. Comment ai-je fait mon compte? J'ai fait la guerre du Viet-Nam et un adversaire à qui je mettais la pâté a réussi, au prix d'un long duel, à me laisser une trace de son couteau super aiguisé. C'est peut-être voire même très probablement un mensonge, mais je préfère cette version à la réalité des faits qui, non seulement ne m'avantage pas, mais en plus m'enfonce dans l'équivalent d'un tonneau des Danaïdes mais en version puit sans fond de la loose-attitude. Minute confession intimement douloureuse: j'ai fraîchement acquis un super mp3 bleu glacé à prix d'ami – si si, ça a un rapport, vous allez voir – qui, voyez-vous, me ravit. Je l'utilise donc très fréquemment mais n'ai toujours pas encore perdu l'habitude de mon ancien mp3 qui lui, n'avait pas de clapet pour être agrippé aux vêtements en super accessoire de mode. Donc quand j'écoute de la musique, je tiens mon lecteur à la main. Got it? Et comme j'ai tout le temps froid et que mes petits pieds n'échappent pas à la règle, j'ai enfilé une jolie paire de chaussettes. Vous suivez toujours? Chaque détail est très important à la compréhension de l'événement qui va vous être conté. Ecouteurs dans les oreilles, Pussycat Dolls s'il vous plaît, je me déhanche au rythme endiablé des paroles insipides de « Don't cha », toujours en pyjama rose, toujours en chaussettes, toujours avec le mp3 à la main. Seulement, les chaussettes et le parquet ne font pas bon ménage, surtout quand celle qui porte les chaussettes fait des pirouettes et saute dans tous les sens en y mettant tout le c½ur et toute la conviction que certains mettent dans la politique ou la bourse par exemple. Et ce qui devait arriver arriva, je glisse en avant, les mains occupées par le mp3, je n'ai donc pas le réflexe de m'en servir pour amortir. Je suis tombée mâchoire la première sur le parquet, les mains les fesses et tout le reste n'ont fait que suivre. 50kg avec une vitesse de chute très élevée pour une seule petite mâchoire comme la mienne, c'est beaucoup à supporter. La chair du menton s'est directement fendue sous le choc sur une belle longueur et une aussi belle profondeur, on voyait tout l'intérieur, c'était très moche. Ma mâchoire était douloureuse, j'avais l'impression que mes dents se mouvaient comme les coraux dans l'océan au rythme de la houle, j'ai cru que j'allais les perdre d'une seconde à l'autre, et puis j'ai des bleus sur toute la partie gauche du corps et le genou droit. Mais sur le coup, le gros flippe, c'est la fente et le sang qui coule. Je gueule, maman gueule, petite s½ur dort. Papa étant la seule personne à conduire et n'étant pas à la maison, c'est Samu, ambulance, urgences, on me piqouze, on me recoud, le tout autour de minuit, et le papounet qui débarque entre temps en panique à l'hosto. Je suis ressortie vers 1h30 du matin. Bonne nouvelle, le fruit de mes quatre années d'immonde appareil dentaire en ferrailles est sauvé, mes dents ne sont pas cassées ni rien, je peux toujours vous faire un sourire Colgate ! Même si à vrai dire, ça fait un peu mal parce que ça. Je résume donc, contusions en tout genre et points de suture. Tout ça à cause de mes chaussettes et des Pussycat Dolls. J'ai perdu toute crédibilité...
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